YogaArt

L’art, c’est seulement pour les autres ?

Je crois comme Clarissa Pinkola Estés que « tous les êtres humains naissent avec des dons » (Femmes qui courent avec les loups, p.651).

Nous sommes toutes et tous des créateurs. Peu s’accordent pourtant ce droit. Les conditionnements, les complexes et les croyances liés à notre histoire personnelle nous bloquent et nous privent de cette liberté et de cette joie que la vie nous offrent. « Je chante mal », « je n’ai pas d’imagination », « je ne sais pas dessiner » sont autant de fausses croyances inscrites en nous.


L’art, pour quoi faire ?

Interrogeons-nous sur nos motivations profondes
Pourquoi est-ce que je veux chanter, monter sur scène, publier un roman ? Pour devenir célèbre ? Pour gagner plus d’argent ? Pour être vu ? Reconnu ? Pour réaliser un projet qui me tenait à cœur depuis longtemps ?
Nous sommes imprégnés du modèle occidental selon lequel le résultat est plus important que le chemin, l’exploitation et la fructification plus importantes que la saveur et la jubilation de l’acte créateur.
Si j’essaie de me détacher du résultat, des fruits de mon action, si j’écris sans me soucier de la publication de mon texte, je suis alors sur le chemin. Je ne suis plus seulement dans le « faire » mais dans « l’être ». Je ne pense pas au succès ou à l’insuccès que pourra rencontrer mon œuvre, je suis mon œuvre, je fais corps avec elle.
Retrouver le feu de la création passe par la libération progressive de ces conditionnements.

Lorsque j’écris, je me sens au plus proche de moi-même. Pourquoi ?

L’art ouvre une porte sur mon être profond, ma vraie nature. J’avance dans la connaissance de moi-même et je pratique le Kriyâ Yoga (le yoga de l’action) dont une des parties est Svâdhyâya, la quête intérieure. La créativité est une voie pour éveiller la conscience.

Art et yoga : quel est le lien ?

Le yogi est-il un artiste dans la mesure où il cultive un art de vivre ? Et l’artiste est-il à sa manière un yogi puisqu’il est capable de se mettre dans un état propice à la création ?

Le point commun serait l’état de présence auquel le yoga et l’art nous permettent d’accéder.

« L’art est un état d’âme » disait Marc Chagall.

Comme une biche dans un bois qui serait à l’affût du moindre bruit, le yogi et l’artiste sont dans une pleine attention, leurs sens sont ouverts, en alerte, disponibles à ce qui peut surgir.
Pour le comédien ou le musicien, le yoga permet de développer cette présence nécessaire sur scène car l’artiste joue dans le présent et se concentre sur ce qui se joue là maintenant, à la fois sur scène et avec son public.
J’écris. Je rentre en interaction avec l’objet de mon attention : mon histoire, mes personnages. Je suis pleinement présente à ce que je fais. Il y a une fusion entre moi et l’objet, entre l’artiste et son œuvre.

Le yoga au service de l’art ?

Le yoga peut nous aider à être plus créatifs.
Si je n’ai pas d’idées, rien ne sert de rester devant ma feuille blanche. Je vais sur le tapis. Tout va reposer, infuser. Je fais de l’espace en moi pour accueillir à nouveau ce que l’imaginaire laisse advenir.
Laissons naître ce qui doit être, en toute confiance. En m’abandonnant au flow de la créativité, je reste disponible à l’émergence de tous les possibles. Mon regard ne reste pas le même, il est toujours nouveau.

L’art, c’est bon pour la santé !

Et si l’art était une possibilité du bonheur ?
Lorsque je suis absorbée par ma création artistique, mon mental est occupé à une seule et même chose. Comme lorsque je pratique le yoga, mon attention est portée sur le corps et le souffle. Cette concentration offre à l’esprit une parenthèse bienfaisante, un temps d’arrêt des fluctuations des pensées. « Le yoga : des fluctuations de l’esprit la transcendance » (sutra 2, Livre I des Sutras de Patanjali)
Lorsque je contemple une œuvre d’art, c’est la même chose.

Les pratiques artistiques sollicitent de plus les organes sensoriels qui sont souvent perturbés dans le cas d’un état dépressif. Elles agissent sur la voix, le toucher, l’ouïe, la vue, permettent le relâchement et la concentration sur un même objet. Agir sur les organes sensoriels permet d’apaiser le mental.
À chacune et chacun ensuite de trouver le mode d’expression qui lui convient !

Alors laissons-nous inspirer…